LES PALEOCHRETIENNES: DE LA SOUMISSION A L'AUDACE

(Extrait)

Dans les communautés hébraïques, la femme était considérée comme mineure. Elle dépendait entièrement de la composition patriarcale de la société. Tributaire du pouvoir masculin, la femme était soumise soit à son père soit à son mari. La législation et les traditions héritées du Deutéronome, se prolongeant dans les coutumes des premiers chrétiens, cantonnent la femme dans un rôle maternel ou conjugal. La répudiation étant autorisée ainsi que la polygamie, sa situation est précaire et seule la maternité lui offre un début de reconnaissance sociale.
Desservie par la symbolique développée autour d’ Eve, la première femme pécheresse, la femme des premières communautés doit assumer l’image d’infériorité existentielle qui lui est attribuée. Au début du christianisme, la femme devra tendre vers un modèle biblique, la figure de Marie, la femme supérieure, le but à atteindre selon certains  écrits chrétiens. Cependant, il est indiscutable que malgré leur mise à l’écart les femmes ont joué un rôle  important au sein des communautés des trois premiers siècles et de l’ Eglise naissante. Ce rôle s’est certainement effectué en dehors des structures visibles et officielles, d’une façon informelle (à l’abri du code des valeurs sociales juives encore de rigueur qui s’opposait à l’égalité véhiculée par la Bonne Nouvelle). Ga 3, 28  relate “Il n’y a pas d’homme et de femme; car tous vous êtes un en Christ Jésus”, Paul fera l’éloge des femmes travaillant à ses côtés, femmes qu’il nommera même ses “collaboratrices”, des femmes suivront Jésus dans son ministère et témoigneront les premières de sa résurrection. Cependant, elles seront tout de même écartées de la transmission de l’Evangile et limitées dans leurs actions.
Si le premier siècle et plus précisément la période apostolique (de 30 à 100, au sens large) est largement documentée et valorise certaines d’entre elles, un tournant majeur apparaîtra à la fin de ce siècle.  Ce tournant mettra en évidence la destination du ministère à l’homme ainsi que la rupture et la fin d’une jeune collaboration paritaire  au sein de la mission d’évangélisation.
Le second siècle sera consacré à l’écriture de l’histoire de l’ Eglise et des communautés. Une écriture qui sera entièrement masculine. La femme restera certainement active dans la mission chrétienne mais l’on suppose qu’elle devra se limiter à la prière dans le cadre étroit de son foyer et se consacrer davantage à son rôle maternel et conjugal. La documentation chrétienne pouvant éclairer le rôle de la femme au second siècle est rare, la femme ayant été écartée de l’ Eglise et les textes étant rédigés par des hommes. Le silence autour d’elle ne signifie pas cependant son inactivité, il suffit d’étudier la littérature apocryphe mais aussi les textes de certaines sectes gnostiques pour constater que non seulement la femme n’est pas inactive mais qu’elle est dans certaines communautés valorisée.
Le troisième siècle verra émerger l’officialisation de la rupture homme/femme amorcée dés la fin du premier siècle. Les interdits concernant directement les femmes seront exprimés. Les premiers auteurs chrétiens organiseront les interdictions et gagneront de l’influence. Les communautés se développeront autour de la structure tripartite et entièrement masculine : évêques, presbytres, diacres. Certaines femmes cependant se rapprocheront du cercle fermé du ministère et notamment les veuves.
L’évolution de la place et du rôle des femmes dans les trois premiers siècles engendrent des problématiques relatives . Comment est-on passé de la nouveauté des évangiles où prévaut l’idée d’égalité homme/femme et où est ébauchée une possibilité de ministère féminin, à un ministère établi, exclusivement réservé aux hommes? Comment justifier et interpréter le silence sur le rôle et la place des femmes au second siècle? Peut-on àl’heure actuelle s’appuyer sur une recherche historique sur le rôle et la place de la femme dans l’ Eglise des trois premiers siècles pour enrichir le débat actuel de l’ordination éventuelle des femmes? La vérité historique doit-elle résolument l’emporter sur la modernité et le besoin d’adaptation constant de l’ Eglise catholique?
Après avoir étudié la place de la femme pendant la période apostolique, en tenant compte dans notre étude du poids encore présent des coutumes juives mais aussi de la place des femmes autour de Jésus, nous étudierons la mise àl’écart de la femme au tournant de la fin du premier siècle. Nous observerons ensuite le développement croissant de la domination masculine dans l’histoire des communautés du second siècle et par conséquent le rôle marginal attribué à la femme durant cette période. Enfin, nous verrons comment au troisième siècle la femme est définitivement écartée de toute possibilité d’exercer un ministère ou d’enseigner librement la parole. Nous aborderons la place particulière accordée aux veuves et aux diaconesses [...]

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